Derrière chaque cancer,
il y a une histoire, des rêves et une vie qui continue malgré les épreuves.
Découvrez celle de Nolan.
Nolan a 12 ans lorsqu'il apprend qu'il est atteint d'un cancer. Après les traitements et plusieurs années de rémission, la maladie revient alors qu'il n'a que 17 ans.
Mais Nolan est bien plus qu'un jeune confronté au cancer.
Passionné de rap, il trouve dans la musique un moyen d'exprimer ses émotions, de raconter son histoire et de continuer à avancer malgré les épreuves.
Natalie a rencontré Nolan à travers le sport et a découvert un jeune homme attachant, déterminé et plein de projets.
En avril 2021, il a accepté de partager son parcours, avec ses propres mots, entre maladie, rechute, espoir et passion pour la musique.
L'attente, toujours la même angoisse
Je suis assis dans cette fameuse salle au 11ème étage au CHUV à Lausanne.
Le département d’oncologie pédiatrique, un monde que personne n’aimerait jamais connaître.
Un monde que l’on déteste mais que nous aimons aussi.
Un endroit où je me suis senti un peu comme chez moi pendant plusieurs années.
Cela fait déjà 3 mois que nous sommes venus pour la dernière fois.
Encore une fois la même salle, encore une fois je suis là avec mon père pour obtenir les résultats de mes derniers examens.
Je ne sais plus combien de fois nous avons franchi les murs de cet hôpital, pris cet ascenseur et attendu dans cette pièce, la boule au ventre en silence.
A quoi pense mon père dans ces moments ?
Mes pensées s’évadent en janvier 2019, assis dans cette même pièce où on m’a annoncé que je devais recommencer des traitements.
À 17 ans, le cancer revient
Après 5 ans de rémission, le cancer était revenu. Un doute à l’examen avait entraîné une biopsie qui avait confirmé le diagnostic.
Est-ce que cette fois la bataille allait être plus compliquée sachant ce que c’était de se battre contre un cancer ?
Mais j’étais aussi plus âgé et plus mature. Pourquoi serait-ce plus difficile que la première fois après tout ?
Je m’en étais sorti une fois, pourquoi pas cette fois aussi ?
J’avais maintenant 17 ans et je n’allais de toute façon pas baisser les bras.
Alors on a attaqué des nouvelles chimiothérapies, la perte des cheveux et les séjours à l’hôpital se sont enchaînés.
Ma vie d’adolescent a été mise en pause, encore une fois.
J’essayais tant bien que mal de suivre mon apprentissage de pâtissier malgré la fatigue et les nombreuses hospitalisations.
Puis j’ai passé 6 semaines dans un centre à Villigen. J’y ai subi une forme de radiothérapie qui m’a brûlé le visage.
Le rap pour exprimer ce que je vivais
Un jour, j'ai composé un son et des paroles pour remercier mon père de son soutien.
Puis un autre morceau où je m'adresse à mon cancer.
C'est à travers le rap que j'ai appris à extérioriser ce que je vivais.
Le traitement s'est fait moins intense après une année et depuis, je tente de reprendre une vie normale, ma vie d'avant, tout en continuant un traitement d'entretien avec des chimios à prendre à la maison ainsi qu'un rendez-vous, une fois par semaine, au CHUV.
Malgré tout, je pense avoir toujours été optimiste et je me suis accroché afin de poursuivre ma formation. J'ai réussi mon apprentissage et j'ai trouvé un travail.
J'attends le médecin dans cette petite pièce et j'ai envie de crier :
NON, je ne veux plus passer par là. Le cancer m'a pris assez d'années.
Tout a commencé à 12 ans
Je suis "tombé" dans le monde du cancer alors que j’avais 12 ans.
Cet été 2013, j’étais en vacances en France. Je me sentais étouffer car je n’arrivais pas à respirer correctement. Mon œil sortait presque de l’orbite.
A l’hôpital, après de très longues heures d’attente, on me dit que j’ai le mal du pays, que ce n’est rien de grave.
Quand j’y repense… c’était ridicule.
Ma grand-maman n’étant pas rassurée par ces propos me renvoie en Suisse.
Là, il n’aura pas fallu longtemps pour qu’au centre médical, les médecins me disent qu’ils ont vu quelque chose dans mon nez et ils me fixent un rendez-vous au CHUV le lendemain.
Après plusieurs jours d’examens, les résultats tombent. J’ai une tumeur dans les sinus.
Je passe 11h au bloc pour une intervention chirurgicale très lourde. On me prélève de l’os dans la jambe pour remplacer une partie de mon os frontal.
Je reste une semaine aux soins intensifs, puis encore 5 jours dans le service de pédiatrie au 11ème étage que je découvre pour la première fois.
Trois semaines après mon retour à la maison, ma mère me réveille un matin en me disant que nous devons retourner au CHUV en urgence.
Les examens de l’analyse de la tumeur sont arrivés. Ils confirment que c’est plus grave que prévu.
Les médecins collaborent avec d’autres médecins et se consultent. Mon dossier a même été vu par un spécialiste aux USA. Le verdict est clair : il faut traiter avec des chimiothérapies. Ma tumeur est un cancer appelé Sarcome d’Ewing.
J’avais 12 ans… et si j’ai eu un peu peur de mourir, c’est la perte de mes cheveux qui m’a fait pleurer.
Heureusement, l’équipe médicale a été formidable et j’ai été très bien entouré. Mes parents travaillaient la journée, mais se relayaient le soir pour passer la nuit avec moi.
J’ai un souvenir d’avoir fêté mon anniversaire à l’hôpital. J’étais hospitalisé dans la grande chambre que je partageais avec cinq autres enfants. Ma maman a apporté 2 gâteaux et toutes les infirmières sont arrivées en me chantant joyeux anniversaire. Elles m’ont même offert un cadeau pour lequel elles avaient toutes apporté une contribution. Cela m’a beaucoup touché.
A l’école, les professeurs m’ont beaucoup soutenu et encouragé, même si l’envie de travailler n’était pas toujours présente.
Cinq ans plus tard, tout recommence
Après plus d'un an de traitement, le mot rémission a été prononcé.
Le cancer était K.O., je pouvais reprendre le cours de ma vie, en alternance avec les examens de contrôle au CHUV.
Après 5 ans sans cancer, on déclare qu'un patient est guéri. Lors du dernier examen de contrôle, qui devait confirmer que j'étais donc guéri, ils ont vu quelque chose de suspect.
Et là, tout a recommencé !
J'en ai vu des enfants et des adolescents dans ce service au fil des années.
Combien sont décédés ? Combien sont guéris ?
Et à quel prix ?
Je m'estime chanceux de n'avoir que peu de séquelles.
Des rêves plus forts que le cancer
Aujourd'hui, j'attends le médecin dans cette petite salle.
Lorsqu'il ouvre la porte, je scrute le moindre signe dans sa démarche, dans son visage.
La dernière fois, le gros classeur qu'est mon dossier était sous son bras.
Pas cette fois.
Est-ce bon signe ? Ou mauvais signe ?
Les examens sont bons !
Ouf, je garde mon avance sur le cancer.
Je sais bien que tous les 3 mois, je vais revenir, et que si une bataille est gagnée, la guerre, elle, n'est jamais terminée quand on se bat contre le cancer.
Mais en attendant de savoir ce que demain me réserve, je vais vivre comme le cancer me l'a appris : au jour le jour, sans trop planifier les choses et je vais aimer et partager.
J'ai malgré tout, comme tout le monde, mes rêves : me marier, avoir des enfants et devenir gendarme.
On m'appelle Nol et je vais continuer d'écrire du rap afin de transmettre aux autres tout ce que j'ai à dire, pour qu'ils se sentent moins seuls et qu'ils ne se découragent pas devant les difficultés à surmonter.
Témoignage receuilli et écrit par Natalie Guignard-Nardin - avril 2021