Jean-Daniel

 

 

 

 

Lorsque Natalie m’a demandé d’écrire mon histoire, je dois vous avouer franchement que la première chose qui me soit venue à l’esprit est que j’en étais tout simplement incapable… incapable parce que cela remonte à tellement loin, parce que je n’en ai peut-être pas le courage, ou encore incapable car finalement c’est une histoire que je n’ai pas pu vivre…

Je crois que c’est un mélange de ces trois raisons qui ont fait que j’ai attendu la dernière minute pour finalement prendre la plume aujourd’hui et, si j’ai finalement décidé de le faire, c’est que je me dis, sans prétention, que cela pourra éventuellement profiter à quelqu’un, quelque part…

On a tous une idole quand on est petit…. Moi, c’était mon grand frère ! Beau, fort, musclé, peur de rien, adulé par les filles, tout semblait lui réussir… et je me disais : « quand je serai grand, je veux être comme lui !!! »….

Il était footballeur, j’ai fait du football… Il était musicien, j ‘ai fait de la musique…. Il était motard, j’ai fait de la moto…. Et quand je dis motard, il tournait de temps à autre avec les forains dans la « Roue de la Mort », un truc de malade que je vous déconseille vivement.

Ensuite, il était devenu motard acrobate professionnel à l’armée suisse et se produisait dans diverses manifestations officielles, bref, vous voyez un peu le genre de gars que c’était, on pouvait que l’admirer, l’envier et l’aimer…

Jusqu’à ce fameux jour où il est rentré en semaine, bien plutôt que prévu car il était un peu souffrant… Pour qu’il rentre chez nous et qu’il laisse ses motos et ses copains de l’armée en avance, cela devait être vraiment grave, mais ça, on ne s’en doutait pas encore…

On lui a tout diagnostiqué, jusqu’à même une appendicite, opérée en urgence et inutilement… ce n’est que 3 jours après cette opération et après que les médecins se soient rendus compte que la plaie ne se fermait pas et refusait de cicatriser que le verdict est tombé : leucémie…

En 1979, ce terme m’était encore inconnu et je dois vous dire que je n’ai pas compris tout de suite ce qui se passait… surtout qu’à l’époque on nous cachait tout (et on n’avait pas le droit d’aller le voir à l’hôpital, seule ma mère était autorisée) soit parce que c’était déjà un sujet tabou ou bien juste pour nous préserver…. Toujours est-il que je savais que mon grand-frère, mon idole, était malade mais, pour moi, cela ne faisait aucun doute que d’ici quelques jours il serait à nouveau sur pied, en force de la nature qu’il avait toujours été…. Je me trompais…

J’ai pris conscience de sa maladie lorsque je l’ai vu 10 jours plus tard au bord du terrain de football de la Sallaz, pendant un des matchs que je disputais avec le FC Chailly, club où nous avions évolué lui et moi étant juniors… quand je dis je l’ai vu, je devrais dire à peine reconnu tant il était cadavérique et marqué, il tenait à peine debout et était d’ailleurs soutenu par deux de ses (nombreux) amis, sinon il n’aurait jamais pu tenir tout le match… J’ai appris plus tard qu’il avait insisté, contre l’avis de tous les médecins, pour venir me voir jouer ce jour-là….peur de rien, je vous le disais, et quelle force…..

Cette image est hélas la dernière que je garde de mon grand-frère, qui devait disparaître le lendemain, sans toujours que j’aie pu aller le voir ou échanger quelques mots avec lui et lui dire au-revoir…

Perdre un grand-frère d’à peine 21 ans en deux semaines sans comprendre ce qui vous arrive c’est très dur , surtout à pas encore 18 ans. Mais ne pas pouvoir lui dire au-revoir c’est terrible…. Je ressens depuis là un trou à l’intérieur de moi et je sais qu’il ne sera jamais comblé.

Mais je veux me rappeler d’une seule chose : il a affronté et ignoré sa souffrance juste pour venir me voir un dimanche matin du mois de mars 1979 ; et je crois même avoir deviné un sourire sur son visage lorsque nos regards se sont croisés pour la dernière fois…et ça, c’est le souvenir que je veux garder de lui, de mon idole, de mon grand-frère, de toi Jean-Daniel.

Phil.

«La preuve que la recherche a fait de gros progrès, c’est qu’aujourd’hui 3 enfants sur 4  guérissent de leur cancer. Il y a moins de 15 ans ce n’était que 2 enfants sur 3.

La prise en charge des enfants malades ainsi que leur famille, y compris la fratrie a également énormément évolué.  Les proches sont plus impliqués, écoutés et accompagnent leur enfant, leur frère ou sœur malade, tout au long des traitements.

 Les choses ont progressé et elles peuvent encore le faire. Ne nous arrêtons pas en chemin.

  A vous, à nous de continuer, car c’est ensemble que nous pouvons faire la différence » 

 Natalie & Nicole

2 commentaires sur “Jean-Daniel

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