Je ne suis pas si différent des autres…

Cancer de l'enfant
Il y a ces enfants qui décèdent du cancer. 
Et il y a ceux qui en guérissent.
Si 3 enfants sur 4 vont guérir de leur cancer c’est souvent au terme de traitements longs et douloureux.
Pour la majorité d’entre eux il y aura des séquelles, parfois mêmes très lourdes.
En anglais on les appelle « Survivors ». Car oui ce sont des survivants du cancer, mais ce sont avant tout des héros qui désirent sortir de l’ombre.
Voilà le témoignage de l’un d’entre eux, celui de Samuel.

Je ne suis pas si différent des autres…

Oui je suis plus lent et j’ai plus de peine que les autres c’est vrai.

Mais je ne suis pas si différent des autres finalement. Je ne viens pas non plus d’une autre planète!

Je vais avoir 15 ans et j’avais 3,5 ans lorsqu’on m’a diagnostiqué une tumeur au cerveau. Si je ne me souviens pas de la maladie, ni des traitements ou des hospitalisations, l’hôpital a toujours fait partie de ma vie et j’y suis encore suivi tous les deux ans.

À la maison je n’ai pas l’impression d’être différent, mais c’est à l’école que j’ai commencé à ressentir que je n’étais pas comme les autres.

D’ailleurs mes plus vieux souvenirs en lien avec le cancer sont en lien avec l’école.

Je me souviens de la maîtresse d’école enfantine qui s’énervait car je n’arrivais pas à découper ni à attacher ma veste seul.

Certains camarades de classe me fuyaient car il leur avait été dit que j’étais malade. Ils devaient avoir peur de moi en fait.

D’autres se mettaient à plusieurs pour se moquer de moi et s’amuser à m’embêter jusqu’à ce que je finisse par pleurer.

Une « grande » prenait souvent ma défense lorsqu’elle voyait ce qui se passait et cela me rassurait de voir qu’il y avait des personnes qui étaient là pour m’aider.

Mais j’ai appris qu’il ne faut pas toujours réagir ni se défendre. J’accepte le fait que les autres m’embêtent car si je réagis ils reviennent à la charge pour m’humilier.

Cela a été très difficile pour moi car j’étais mis à l’écart. Les profs n’avaient ni le temps ni l’envie de m’expliquer plus longuement, ou d’une autre façon. Il fallait avancer dans le programme et ce n’était pas leur problème de trouver une solution pour m’aider. C’était le mien et celui de mes parents.

De ce que mes parents m’ont expliqué, la tumeur que j’ai eue était à l’intérieur du cervelet, ce qui a affecté mon équilibre, qui aujourd’hui va mieux. Les traitements, opération et radiothérapie, ont eu des effets important sur ma mémoire, surtout celle à court terme, ainsi que sur la concentration.

Je sais que c’est à cause de ça que je suis plus lent.

Tout a changé lorsque mes parents ont trouvé le moyen de m‘inscrire dans une école privée. Ça n’est pas facile pour mes parents car il faut payer pour y aller. Mais depuis que j’y suis je me sens moins différent et surtout je me sens soutenu par les enseignants.

Je suis dans une classe de 12 élèves environ, avec des profs qui prennent le temps pour nous expliquer plusieurs fois si nécessaire et nous donnent des techniques pour nous aider à apprendre sur le long terme et m’aider avec cette mémoire qui me lâche parfois.

Parfois ma mémoire me joue des tours, et parfois sans rien comprendre je décroche, je n’arrive plus à me concentrer.

Et je suis fier car je suis le même programme que celui qui est donné à l’école publique. Et j’y arrive.

Il me faut juste un peu plus de temps et surtout beaucoup, beaucoup plus d’efforts que les autres.

Les autres, ceux qui n’ont pas été malades, qui n’ont pas eu une tumeur au cerveau.

Mais je sais que j’obtiendrai le même diplôme qu’eux.
Même si la plupart des camarades de classe préfèrent avoir des amis qui n’ont pas de soucis, j’ai quand même un peu plus d’amis qu’avant. Même si j’en ai peu, ils ont compris que je n’étais pas si différent et je peux parler librement de mes soucis.

Avant je n’aimais pas parler de mon cancer et des soucis que j’ai. Aujourd’hui j’ai envie de parler et de partager.

Je sais qu’il me faudra beaucoup travailler, que je vais devoir m’adapter et trouver d’autres techniques, des solutions pour y arriver, mais je serai architecte paysagiste !

Je trouve que l’école publique devrait trouver une solution, une façon de faire pour aider les enfants qui ont plus de peine, les aider à mieux travailler, à mieux apprendre.

Ma petite sœur a un peu de peine à l’école et ça m’énerve parce que je sais que même si les profs essaient de l’aider, ils n’ont pas toujours le temps. Elle a par contre vraiment beaucoup d’amis et je me dis que si mes parents la mettaient aussi dans une autre école elle perdrait tous ses amis.

Mais de toute façon ils ne  pourront pas je pense.

Quand je vois mon frère, lui a de la facilité. Mais un jour  je lui ai donné une technique que j’ai apprise dans mon école et ça l’a beaucoup aidé.

Parfois j’aimerais être comme lui. Avoir plus de facilité dans tout, avoir de meilleures notes même si dans mon école les notes ne sont pas une priorité, avoir plus d’amis, être moins lent.

Parfois il n’a pas de patience avec moi et il fait les choses à ma place car c’est plus rapide.

Je suis guéri même si j’ai quand même beaucoup de soucis à cause de la maladie et des traitements.

Je suis guéri et je réalise que ça aurait pu être très grave.

Je suis guéri et si je suis un peu plus lent que les autres, je ne suis pas si différent que ça.

Je suis guéri et même si je sais que ça sera très dur pour moi, un jour je serai architecte paysagiste.

 

Je fais de l’escalade depuis plusieurs années et j’adore ça. Je fais également de la natation que je vais arrêter prochainement car je vais intégrer le programme PASTEC.

Je me réjouis de pouvoir commencer quelque chose de nouveau, de partager des moments de sport avec d’autres enfants qui seront également passés comme moi par le cancer ou qui seront encore en traitement. Ils me comprendront, ils seront comme moi.

Je sais qu’il me faudra beaucoup travailler, que je vais devoir m’adapter et trouver d’autres techniques, des solutions pour y arriver, mais je serai architecte paysagiste !

Témoignage recueilli par Natalie Guignard pour publication sur le site de www.zoé4life.org. « La chronique des héros ». juin 2015.

6 commentaires sur “Je ne suis pas si différent des autres…

  1. Je me reconnais tellement dans votre témoignage..Ayant une malformation cérébrale de la temporale gauche qui à comme effets secondaires une épilepsie partielle qui affecte directement l’élocution et la vision dans l espace, je n’ai aucun problème pour m’exprimer mais par moment j’en perds mes mots. Pourtant je suis sur le chemin de devenir architecte(pas très loin d’architecte paysagiste!). J’ai toujours eu des problème de lenteur (retard de 2 ans) puis petit à petit avec beaucoup de courage de volonté et un grand soutien de mes parents, j’ai pu rattraper ce retard. Maintenant j’ai toujours de problème de lenteur mais beaucoup moins handicapant ( 1/3 de temps en plus par rapport au autres). J’ai aussi et essuyé les moqueries les agressions physiques les humiliations…c’était dur mais maintenant je suis un roc imperturbable. Je te souhaite de réussir autant que j’ai franchit chacune des étapes une par une. Comme une longue ascension.

  2. Courage mon grand,mon fils de 8 ans est en rémission d un cancer au cerveau,j ai beaucoup pleuré à lire ce post,mon fils souffre aussi à l école,enfaite je sais q il soufre en silence pour pas nous inquiéter.Bravo pour ce témoignage,merci

  3. Samuel,

    On se connaît très peu, et j’avoue que j’ignorais les détails de ce que tu as vécu (bien que j’aie toujours connu la gravité d’une tumeur au cerveau). Et surtout je ne savais pas comment tu le ressentais.

    Ta manière de voir la vie fait plaisir à voir. Ce n’est pas facile, on n’y est pas pour grand chose, mais avec ta volonté tu arriveras à donner aux gens l’envie de t’aider, ce qui n’ôtera rien au fait que les réussites seront bien les tiennes. J’en suis convaincu.

    Et tu seras architecte paysagiste grâce à TON travail et TA persévérance!

    • Merci pour ces commentaires positifs.

  4. Bravo d’avoir osé nous partager ton vécu. impressionnée par tout ton courage. Que tes voeux se réalisent.

  5. Merci pour ce magnifique témoignage! Très émouvant!
    Bravo pour ta force et ton courage, tu es un bel exemple.
    Plein de belles choses pour la suite!