Il y a un an, Eloïse a traversé le lac Léman à la nage pour Zoé4life

Il y a une année, j’ai pris la décision étonnante de traverser le lac Léman à la nage. D’Evian à Morges, avec juste un bateau pour me suivre, pour éviter que je coule à pic au milieu du lac. Et dire que cette décision émane d’un pari débile lancé une fois sur la terrasse des parents de Mélissa (note à moi-même : éviter de lancer des paris lorsque je suis un peu pompette… je vais y laisser ma peau un jour !). « Traverser le Lac ? Trop facile ! On y va quand tu veux ! »… bien Elo, t’en as d’autres des comme ça ? Surtout qu’avec Nils, faut pas plaisanter sur ce genre de chose… Tu sais très bien que ce n’est pas tombé dans l’oreille d’un sourd… t’es mal barrée ma vieille… tu vas devoir mouiller la chemise, voire plus.

Et puis, quelques semaines plus tard, il y a eu ce message sur Facebook : « alors ? On la fixe quand cette traversée ? ». Bon ben, je n’ai plus trop le choix ! Va falloir le faire ! Mais si je le fais, il faut que j’aie un objectif plus important que traverser le lac… Il faut que ce que je fasse serve à quelque chose, à quelqu’un ! Ça y est ! J’ai trouvé ! Je vais récolter des fonds pour une association ! Ça c’est un objectif qui me parle ! Ça me botte bien (quoique les bottes dans l’eau c’est moyen…) !

Alors tout de suite je pense à l’association de la petite Zoé, qui vient de voir le jour. Zoé c’est une fillette pleine de vie qui est née avec un cancer, un neuroblastome. Un nom barbare pour définir le crabe contre lequel elle se bat depuis le premier jour de sa vie. Zoé a 4 ans et demi, elle est d’octobre comme moi, 4 jours après mon anniversaire. Un petit scorpion, comme moi. Une battante, surtout ! Ce cancer, elle n’en veut pas. Elle l’a d’ailleurs dit plusieurs fois à sa maman. Elle l’a pris et jeté dans les toilettes, puis elle a coulé la chasse d’eau. Malheureusement, ça ne se passe pas comme ça. Malgré la lutte constante, malgré les victoires sur cette maladie, malgré les rémissions, malgré toute la soif de vie qu’il y a en ce petit bout de femme, malgré tout ça, le cancer revient, encore. Lorsque je décide de nager pour Zoé, le cancer a refait son apparition, sans crier gare. Alors que Zoé se portait bien, qu’elle ne semblait pas fatiguée. A l’hôpital, ils essaieront encore le traitement de la dernière chance. Si ce dernier fonctionne, elle devra partir à l’étranger pour y subir d’autres traitements. Alors des amis de la famille ont monté l’association Zoé4life, afin de récolter des fonds et subvenir aux besoins de la famille s’il fallait partir à l’étranger. Même si je ne connaissais pas cette famille, j’ai découvert l’histoire de Zoé et sa force de vie au travers du blog que sa maman tient à jour. J’y découvre le quotidien de cette famille « extraordinaire » et je suis touchée au plus profond de mon être. J’ai toujours pensé que, comme le disait si bien Paul Eluard, « il n’y a pas de hasard, il n’y que des rendez-vous ». Et j’aime à penser encore aujourd’hui que si j’ai discuté avec Timothée de Lana, la grande sœur de Zoé, à qui il a donné des cours privé, ce n’est pas un hasard. J’aime à penser que si je suis allée sur ce blog, si j’y ai lu les mots de Natalie, si j’y ai été sensible dès les premières lignes, ce n’est pas un hasard. Il y avait un rendez-vous écrit, agendé, plus loin, plus tard dans ma vie. Et si, lors de mon entrainement quotidien pour cette traversée, le nom de Zoé m’est apparu sans l’ombre d’une hésitation, ce n’est pas non plus par hasard. C’était un simple signe de l’Univers, un signe qui m’a permis de vivre ma plus belle expérience humaine.

Nicole, la présidente de l’association, a très bien accueilli ma proposition de soutien. Alors c’est parti, message sur Facebook, mail, sms. Je sensibilise ma famille, mes amis, mon entourage à Zoé et à son sourire craquant et je récolte quelques promesses de dons. Voici le message initialement écrit et envoyé à mes connaissances:

 

Bonjour à tous!

Tout d’abord j’espère que vous passez de bons moments estivaux !

Je me permets de vous écrire un petit mail pour une cause bien spéciale ! Aucun engagement obligatoire, si ce n’est de lire le mail jusqu’au bout !

Comme la plupart d’entre-vous le savent, il doit me rester des gênes de poisson de mes vies antérieures et mon quotidien serait bien vide sans mon club, mes traversées de bassin et mes amitiés « natatoires » 😉 …

Un jour, discutant avec des amis autour d’un verre, j’ai dit que je voulais traverser le lac ! Cette phrase n’est pas tombée dans l’oreille d’un sourd et quelqu’un s’est gentiment proposé pour me suivre en bateau ! Me voici donc avec un nouveau défi, traverser le lac en partant d’Evian direction Morges (13 kilomètres) d’ici à la fin de l’été ! Certes, certains l’ont fait avant moi, mais ça on s’en fiche (enfin, moi en tout cas) !!!

Donc me voilà embarquée dans une nouvelle aventure qui me réjouit plus que plus ! (attendez, partez pas, vous aller comprendre mon mail bientôt…)

Lors d’un de mes entraînements (oui, parce qu’il faut quand même que je m’entraîne un mini peu si je veux arriver de l’autre côté sans couleur au milieu du lac !), je me suis dit que le défi sportif c’est bien, mais que si je trouvais un autre but à cette traversée, je serais d’autant plus motivée ! J’ai donc réfléchi (oui oui, ça m’arrive, même en vacances) et j’ai pensé que nager pour une association allierait les deux choses que je préfère dans la vie : l’eau et donner de son temps aux autres ! Mais fallait-il encore choisir une association !!! Et c’est sans l’ombre d’une hésitation que j’ai pensé à Zoé4life que certains connaissent déjà. Je fais un bref résumé pour les autres : Timothée (nageur et entraîneur également) a donné des cours privés de natation à une fillette dont la petite sœur qui a maintenant 4 ans et demi, est née avec un cancer appelé neuroblastome. C’est une petite fille avec une force de vie incroyable ! Malgré cela, le cancer s’accroche et elle a déjà fait plusieurs rechutes (je ne vais pas tout raconter ici, d’autant plus que je ne connais pas tout, pour plus d’informations, je vous conseille le site de l’association https://zoe4life.org).

Bref, après tout ce blablabla, je vous explique donc comment vous pouvez apporter votre pierre à l’édifice ! Pas besoin de venir nager avec moi, ne vous inquiétez pas ! Mais si le cœur vous en dit, je vous propose de me parrainer lors de cette traversée. Il n’y a bien sûr AUCUNE obligation d’y participer et j’insiste là-dessus ! Mais si vous avez 1.-, 2.- ou 10.- qui trainent au fond de votre poche, c’est très volontiers que je les récupère pour Zoé et son association ! Et comme disait je ne sais plus qui « Il n’y a pas de petit don, simplement des grands cœurs » !

Je n’ai pas encore arrêté de date pour cette traversée, mais je vous tiendrais au courant de l’avancée des travaux tout bientôt ! Voilà, j’en ai fini (Bravo à ceux qui m’ont lue jusqu’au bout, je suis fière de vous !).

M E R C I à vous d’avoir pris un petit moment pour moi et M E R C I à ceux qui participeront à cette traversée !

Je vous embrasse tous et n’hésitez pas à en parler autour de vous, plus on est de fous, plus on rit !

Eloïse

L’accueil de ce mail fut positif et j’ai reçu de nombreux messages d’encouragement ainsi que des promesses de dons. Cette décision m’a donné des ailes (enfin plutôt des nageoires) et je me suis investie corps et âme dans cette aventure. Alors que Nils peaufinait les détails techniques nécessaires à la traversée (bateau, sauvetage, CGN, …), je suis allée nager quasiment tous les jours durant un mois. Par chance, l’été 2013 a été clément et j’ai souvent pu m’entraîner sous le soleil, ce qui fut bien agréable. Mes entraînements ont progressivement augmenté. Au début, je nageais entre 4 et 6 kilomètres par jour et les deux dernières semaines, j’ai nagé entre 8 et 10 kilomètres tous les jours. J’en ai passé des heures dans l’eau, j’en ai compté des catelles au fond de la piscine, j’en ai dépassé des mamies qui faisaient leurs longueurs quotidiennes, j’en ai avalé de l’eau chlorée, j’en ai fait des virages, mais jamais, ô grand jamais, je n’ai eu envie de baisser les bras. Plus motivée que jamais à relever ce défi pour moi, mais aussi pour Zoé et pour sa famille. Je suis aussi allée nager une fois dans le lac, accompagnée de Nils et Nicole afin de mettre au point quelques détails pour le grand jour.

Un jour, alors que Lana prenait un cours de natation avec Timothée, j’ai eu le plaisir de rencontrer Natalie et Zoé. Une rencontre tout en discrétion, timide mais agréable, même si nous avons échangé peu de mots. Natalie a expliqué à Zoé que j’allais traverser le lac… mais bon… Zoé était plus intéressée à réussir à ouvrir sa bouteille. Elle a eu raison d’ailleurs… un peu abstrait la traversée du lac pour une petite puce de 4 ans qui prend des cours pour apprendre à flotter ! Ce jour-là, Natalie a pris la magnifique photo de Zoé qui figure sur la couverture de « La leçon de Zoé » et elle a pour moi une saveur tout particulière à chaque fois que je la regarde.

Durant mes entraînements, j’ai commencé à ressentir des douleurs pile à l’endroit de ma bursite à l’épaule droite qui m’a suivie pendant une année. J’ai serré les dents, mis de la crème, beaucoup de crème, encore de la crème, en espérant que cette maudite épaule me laisserait tranquille durant la traversée. Et puis une semaine avant la traversée, les mêmes douleurs affreuses à s’en réveiller la nuit et à en pleurer ont réapparu. Mais j’ai rien dit, j’ai convaincu mon corps que c’était passager, que la douleur n’était pas si importante et que je n’avais pas le temps de m’en occuper maintenant. Elle a la tête dure l’Elo, quand elle a décidé quelque chose. Impossible aussi d’aller chez l’ostéopathe à une semaine de la date. Ma nage est calibrée, passer sous les doigts experts de mon ostéo désorganiserait mon équilibre et il me faudrait quelques jours pour retrouver mes sensations dans l’eau. Tant pis, je passe mon tour ! Je me suis martelé la phrase de mon cher et tendre Thierry, mon entraîneur, celle qu’il se plaisait à nous répéter en camp, quand nous nous plaignons de courbatures : « La douleur est une information qui va au cerveau, tu n’as pas de cerveau, tu n’as pas mal ». Allez, Elo, c’est dans la tête tout ça… Vis la chose avec ton cœur, tes tripes et ne raisonne pas avec ton cerveau, t’as pas mal ma belle ! Hop…

Et puis, il y avait aussi autre chose que je m’étais fait un plaisir d’ignorer mais qui restait néanmoins un élément important contre lequel je ne pouvais rien : la météo… Oh lala, celle-là… Il a fait beau un mois durant, avec quelques orages isolés en fin de journée, mais autrement soleil, soleil, soleil et chaleur… sauf…. Sauf le 25 août 2013…. Date prévue de ma traversée ! Jusqu’au 24 août, je doutais de la possibilité de faire le grand saut. Nils était sceptique, même s’il n’y avait pas d’orage, il suffisait qu’il y ait trop de vent et cette traversée ne serait pas possible. Je me voyais mal reporter cette aventure… Quand ? Nous n’avions pas d’autre date prévue avant 2 semaines, début septembre. Mais l’eau serait déjà plus froide, et il faudrait que je continue à m’entraîner encore deux semaines alors que je reprenais le travail (donc plus difficile pour aller s’entraîner deux-trois heures par jour) et puis… il y a avait cette douleur à l’épaule… je ne suis pas sûre que j’aurais tenu deux semaines de plus….

Malgré la météo incertaine, on a décidé de tenté le coup !

Le jour d’avant, j’étais fébrile et j’élaborais tous les scenarii possibles et inimaginables :

  • Une tempête sur le lac, des pluies diluviennes, des vagues de deux mètres.
  • Une panne de bateau, il avance plus, je ne peux pas continuer sans lui et je dois me résigner à arrêter.
  • Une attaque de brochets (ben oui les brochets, ça manges les hommes c’est connu…).
  • Mon épaule qui lâche (ah ! Non !… la douleur est une information qui va au cerveau, je me suis fait lobotomisé il y a peu….).
  • Mon réveil qui ne sonne pas.
  • J’ai trop froid, je tombe en hypothermie, je dois abandonner.

Bon Elo, t’arrête un peu là ? Et si ça se passait juste bien ??? Mais comme pour conjurer le sort, je me dois d’imaginer tout ce qui pourrait se passer, ou pas. Mon sac est prêt, mon maillot, mes lunettes, mon bonnet, ma graisse à traire pour résister au froid, mes thermos de thé, de bouillon, mes en-cas, ma motivation, ma super grande motivation, mon impatience, mon envie d’aller au bout, mon désir de vivre cette aventure à fond…. Hop au lit, réveil mis. Mets-en deux Elo, au cas où le premier ne sonnerait pas, non mets-en trois (parano vous dites ?). Dur de s’endormir… mon excitation est à son paroxysme. Ma nuit sera donc courte, entrecoupée de nombreux réveils pour vérifier que je n’ai pas oublié de mettre mon réveil justement… Qu’importe ! Quand mes trois réveils sonnent (ben oui quoi… on ne sait jamais…) je saute de mon lit. Moi qui ai normalement tellement de mal à sortir des plumes, là aucun soucis… Je devrais traverser le lac tous les jours pour aller bosser, je serais peut-être moins souvent en retard… quoique… Je me prépare. Manger des pâtes à 5h45… berk ! Mais il faut ce qu’il faut, un peu de ketchup pour faire glisser tout ça dans mon gosier. Nils m’avait proposé d’y mettre de la confiture pour que ça fasse comme une tartine, mais non ! C’est trop belge pour moi comme idée ! 7h00, prête au bord de la route avec mes sacs. « Vous partez en vacances, Mademoiselle ? », « Non, non, je vais juste traverser le lac pour le fun ! » et quel fun…

Même pas peur…

Il ne fait pas très chaud, le ciel est bien couvert et il y a un peu de vent. Qu’importe, dans mon cœur c’est soleil au beau fixe !

Nous arrivons au port, Nils et Nicole mettent le bateau à l’eau. Moi je réponds encore à quelques messages reçus pendant la nuit. Je réponds surtout à Mélissa, super déçue de ne pas pouvoir participer totalement à l’aventure mais qui est malheureusement de garde ce jour-là et n’a pas trouvé quelqu’un pour la remplacer… T’inquiète Mél, je sais que tu as fait ton possible et que tu préférerais être ici avec moi ! Continue à m’envoyer tes ondes positives, j’en aurai besoin au milieu du lac.

Je monte sur le bateau, ça y est, on part… Je scrute l’horizon. Là-bas au loin, il y a Evian, mon point de départ, le début de cette belle traversée. J’ai les papillons dans l’estomac, j’ai perdu mon aplomb légendaire et ma répartie à toute épreuve. Mais qu’est-ce qui t’a pris Elo ? Franchement ? T’aurais pas pu tourner ta langue dans ta bouche avant de dire une connerie pareille ? La traversée du lac… non mais, tu vas chercher où toutes ces idées farfelues ? Tu ne peux pas faire comme les autres, rester tranquille chez toi ? Ahah ! Je faisais beaucoup moins ma maligne pour le coup ! Si j’avais pu creuser un trou pour m’y cacher je l’aurais fait sans hésiter une seconde…

Nous arrivons à Evian. Nils coupe le moteur, on n’y est ! Plus de retour en arrière possible, départ imminent. Nicole m’enduit d’une bonne couche de graisse à traire afin d’éviter la déperdition de chaleur (la graisse à traire bouche les pores de la peau). Nils gonfle deux ballons rouges à l’hélium qu’il m’accrochera ensuite dans le dos afin de permettre aux bateaux de me voir de loin, pour éviter que quelqu’un me passe dessus… ça serait dommage quand même que je finisse déchiquetée en petits morceaux par une hélice de bateau… c’est les brochets qui seraient contents. Prête, c’est l’heure ! 8h24 : allez hop, à la flotte, à dans 6 heures les gars !

La graisse à traire s’est déposée à peu près partout sur le bateau de Nils. Ça risque de faire Zip le pingouin à tout moment… Désolée Nils !

C’est parti ! Je commence à nager à droite du bateau, mais ce n’est pas une bonne idée. Je me déporte méchamment vers Lausanne, voire encore plus à droite et je n’arrive pas à rester proche du bateau. Nils me rejoint avec le kayak, pour me dire que ça fait une heure que je nage. Nous avions en effet convenu que je m’arrêterais toutes les heures pour manger et boire quelque chose. Je retourne donc vers le bateau qui est à peu près 50m plus loin. Pour la suite, je nagerai à gauche du bateau, ce qui m’évitera de me faire déporter. Je constate que les courants sont vraiment forts et c’est alors impossible de garder le cap, sans l’aide du bateau. En nageant à gauche, je sais que lorsque je me rapproche trop du bateau, cela veut dire que je suis en train de me déporter. Nils et Nicole ont d’ailleurs rigolé à plusieurs reprises lorsqu’ils se sont arrêtés un tout petit moment avec le bateau et que j’ai donc continué sans aide. Je me suis tout de suite tournée vers Lausanne et ai changé ma trajectoire alors que j’avais l’impression d’aller droit.

Je m’arrête donc après une heure de crawl, je suis bien, je n’ai pas mal, ni froid. L’eau est à 20°C, c’est un peu frais mais la graisse à traire fait son effet et je ne ressens pas la fraîcheur de l’eau. Il faut que je m’hydrate, ne pas oublier cela c’est important ! Une fois que l’on ressent la sensation de soif, il est trop tard. Alors boire au moins un verre de bouillon toutes les heures ainsi qu’un peu de jus d’orange coupé avec de l’eau et du sel (solution miracle anti-crampes). Nils me transmet que j’ai fait un peu moins de 3 kilomètres. Je n’ose pas me retourner de peur d’être découragée par la terre qui ne se situe pas bien loin derrière moi. Je préfère regarder devant moi, regarder vers l’avenir ! Je ne vois pas les terres, juste le Jura au loin, très au loin, trop au loin. Bon, j’y retourne ! Nicole viens un moment dans le kayak à côté de moi. Nicole à gauche et le bateau à droite, je suis bien entourée. Ils sont adorables ces deux, vraiment. Je ne les remercierais jamais assez de leur investissement lors de cette aventure. Plus on avance au large, plus les vagues sont importantes. Je bois une ou deux fois la tasse, je dois même parfois m’arrêter pour tousser. La prochaine fois, je mettrai un peu de sirop, ça aura meilleur goût !

Lorsque j’ai sauté dans l’eau, les ballons ont touché l’eau, du coup ils sont trop lourds pour voler et traînent dans mes pieds. Mon dieu ce qu’ils m’ont énervée ces ballons ! Ils s’emmêlaient dans mes orteils… Chaque fois que je faisais un battement de jambe, je sentais la ficelle bouger entre mes pieds… J’ai fini par jurer sur ces pauvres ballons… Mais ça m’a fait du bien ! Je me suis défoulée !

2 heures de nage, 2ème arrêt, 5 kilomètres et des poussières. Je tiens le rythme que je me suis fixée et je suis étonnement bien dans l’eau ! Toujours pas froid. Sur le bateau, ils sont emmitouflés dans de gros pulls bien chauds et n’ont pas l’air de transpirer! Je mange quelques abricots secs, bois et je repars rapidement. Je ne veux pas m’arrêter trop longtemps de peur de me refroidir et je me refuse à monter sur le bateau. Pas certaine que je repartirais autrement.

Après 2 heures et demi de nage, le sauvetage de Morges vient à ma rencontre. Le lac est calme et l’avantage du mauvais temps c’est que les bateaux de plaisances ne sont pas de sortie. Je me sens un peu seule au monde dans cette vaste étendue d’eau et c’est une sensation assez agréable, j’avoue ! A Morges, il pleut et les nuages gris se dirigent vers nous ! S’il-te-plaît, Madame la Météo, sois cool. Range ces nuages, sors le soleil ! Pour Zoé… Sur nous, il y a des nuages mais aussi quelques éclaircies. C’est pas plus mal, pourvu que ça dur !

3ème arrêt, j’avoue… J’ai fait pipi dans l’eau… Mais bon, les toilettes étaient trop loin, je ne pouvais plus me retenir ! Un peu d’engrais pour les algues, ça ne fait pas de mal ! Justement en parlant d’algues… ce ne sont pas vraiment mes copines et je me rappelle de quelques cauchemars où je me faisais enserrer par des algues carnivores (oui, j’ai une imagination débordante, je suis au courant !). Ben, elles ont été cool ! Pas d’algue qui venaient me chatouiller les pieds, voire pire m’attraper et m’aspirer au fond du lac. J’en ai croisé quelques-unes ici ou là mais elles n’avaient pas l’air bien méchantes ! J’ai fait plus de la moitié du trajet, je tiens le bon bout !

Nicole me demande si je n’ai pas froid. Non, toujours pas. Par contre je commence à sentir mes épaules et mes bras et plus particulièrement l’épaule droite. Nicole m’avoue que l’eau est maintenant à 17°C depuis 2heures. Je n’ai pas senti la différence de température et heureusement parce que 17°C, ce n’est pas très très chaud quand même ! Nicole me masse un peu l’épaule avec ma super pommade miracle. Et c’est reparti !

Mélanie et sa sœur viennent à ma rencontre en bateau. Mélanie a les larmes aux yeux, elle dit plein de choses sympas et encourageantes et ça me rebooste à fond. Elle est touchante cette nana. Je l’aime bien ! Et ça fait vraiment du bien d’avoir un peu de nouveaux encouragements !

4ème arrêt, je commence à mieux distinguer la rive. Je commence à avoir froid, c’est un des signes de la fatigue aussi. Et puis, l’eau n’est qu’à 17°C… le prochain qui me dit que 17°C c’est froid, je lui tords le cou. J’ai fait le plus dur mais mes bras commencent à brûler. J’ai aussi des lancées dans l’épaule. Je pense qu’elle doit être vraiment enflammée… mais je ne vais pas arrêter en si bon chemin. Et puis c’est bon, agréable, enivrant, stimulant toutes les émotions qui sont en train de me traverser l’esprit. De toute façon, les deux dernières heures qui restent ne se feront pas avec les bras, mais avec la tête ! C’est elle qui ne doit pas lâcher. Je me suis mise en mode automatique, mes bras tournent, prennent leur appui, résistent à la pression de l’eau, sortent de l’eau, pour refaire de cycle qu’ils connaissent par cœur depuis le temps que je le fais. J’ai les fourmis dans les doigts, sûrement le froid, alors je secoue mes mains lorsqu’elles sont hors de l’eau. J’ai essayé à plusieurs reprises de nager un peu sur le dos, mais c’est mission impossible. Les vagues me donnent le mal de mer dès que je me tourne, 30 secondes et j’ai envie de vomir. Ok bon ben ! On va continuer sur le ventre quoi. S’il le faut, je finirai en brasse mémé.

5ème et dernier arrêt, déjà au loin, j’aperçois mon lieu d’arrivée et il me semble distinguer des gens mais je n’en suis pas très sûre. Walti, Mélissa et Jean-Luc arrive sur leur bateau, il y a aussi Adrienne et une dame que je ne connais pas. Mélissa a fait au plus vite pour se libérer après son travail. Elle saute dans le kayak et m’accompagnera jusqu’à la rive. Heureusement qu’elle existe ma Mél… quelle belle amitié. J’ai tellement mal à l’épaule, j’ai envie de pleurer ! Je sors la tête de l’eau et je dis à Mél que je n’en peux plus. « Mais tu ne vas pas abandonner maintenant, je ne suis pas venue pour rien ! » Ok, ok…. J’arrête de me plaindre ! Je continue !

Au loin, j’entends les sirènes des bateaux du sauvetage, venus pour m’encourager et m’entourer pour le dernier kilomètre. Et quel kilomètre… le plus long de ma vie ! J’ai l’impression que mes bras ne peuvent plus me faire avancer et que je patauge dans la semoule. Mais qui m’a mis des poids sur les bras sans que je le remarque ? Je lève la tête pour voir la terre s’approcher, mais j’ai l’impression de faire du surplace. Mes biceps et mes triceps sont morts, mes épaules aussi, ainsi que mes trapèzes et mes pectoraux… Je ne vais jamais pouvoir atteindre la rive, je vais succomber avant. J’entends les gens applaudir, scander mon nom. Allez Elo, arrache-toi ma belle ! Tu peux pas abandonner maintenant, t’es trop proche ! C’est rien ce qu’il reste à faire ! Les derniers efforts Elo… allez allez ! Fais-le pour Zoé… Elle est là-bas dans sa chambre d’hôpital hermétique, sans possibilité de sortir. Allez goute à cette liberté encore un peu, cette immensité qui t’entoure ! Hop, jusqu’au bout ! Never Give up ! Montre-leur un peu ton caractère de cochon ! Pour une fois qu’il te sert à quelque chose… Montre-leur de quoi tu es capable. J’ai bientôt pied, j’y suis presque ! Les bateaux s’arrêtent, ils ne peuvent pas aller plus loin, il n’y a pas assez d’eau ! L’eau est de plus en plus trouble, signe que je suis toute proche du bord. Je tourne la tête pour respirer et je croise ma maman, dans l’eau, les cheveux trempes. Elle a sauté à l’eau pour venir m’accueillir. Je fonds en larme dans ses bras, Léna nous rejoint ! Je l’ai fait, j’y suis arrivée. J’ai traversé le Lac Léman à la nage ! 14 kilomètres en moins en 6 heures ! Ouah !!! J’ai traversé le lac à la force de mes bras… A ce moment-là, je suis invincible ! Rien ni personne ne peut me faire tomber, ni même vaciller.

Sur la plage, il y a du monde ! Ouah… tout ce monde ! Pour moi mais surtout pour Zoé… Il y a les membres du comité de l’association de Zo4life, les parents de Zoé, sa sœur Lana, mes amis, la natation, le volley, … Natalie s’approche de moi pour me féliciter, elle cache les quelques larmes qui perlent au bord de ses yeux derrière ses lunettes de soleil. Lana, belle ambassadrice de cette association, m’offre un bouquet de fleur. Quel sérieux dans les yeux de cette enfant, quel regard profond !

Je suis arrivée sur la terre ferme, mais je suis ailleurs… quelque part dans mon univers, sans vraiment réaliser ce que je viens d’accomplir. On me parle, je réponds de manière automatique aux questions mais je suis quelque part entre le ciel et la terre, quelque part où personne ne peut me rejoindre. Le cocktail d’émotions ressenties tout au long de cette traversée, l’adrénaline qui m’a portée jusqu’au bout, l’endorphine sécrétée par cet excès de sport m’ont offert un shoot d’un rang supérieur, un shoot VIP, un shoot d’exception. Pas de bad trip possible, juste une sensation intense de bien-être, une sensation qu’il faut avoir vécue pour comprendre mon état.

Après un moment passé sur la plage à discuter avec les gens, puis un verre partagé avec les membres de l’association, je rentre chez moi et… je me mets dans un bain ! J’ai passé 6 heures dans l’eau mais la première chose que je fais quand je rentre c’est me mettre dans un bain. Un peu marteau l’Elo… mais c’est là que je suis bien, mon élément, mon cocon, mon antidépresseur, mon exutoire.  J’y resterai longtemps, juste pour le plaisir de revivre encore et encore ma traversée… cette aventure qui n’appartient qu’à moi, rien qu’à moi, dont je suis la seule gardienne.

A plusieurs reprises lors de ma traversée, mes pensées se sont envolées auprès de Zoé. Petite puce seule dans une chambre, que l’on approche le moins possible parce qu’elle est radioactive. Le traitement de la dernière chance justement. Moi, au milieu de cette immensité et elle dans cette petite chambre. Moi, libre comme l’air et elle prisonnière de ces traitements. Moi, acceptant la douleur ressentie à mon épaule pour relever un défi et elle, supportant les douleurs pour vivre envers et contre tout…

La nuit après ma traversée a été beaucoup plus paisible que celle d’avant. Malgré l’excitation qui régnait encore en moi, j’étais tellement KO que je n’ai pas demandé mon reste lorsque je me suis allongée. Et le lendemain, il a fallu retourner au travail. C’était la rentrée. Mais que le quotidien semble banal après une telle expérience… difficile de m’asseoir à mon bureau et de mettre la tête dans mes dossiers. J’étais encore au 7ème ciel, au nirvana, complètement shootée aux émotions si fortes ressenties, je planais… alors me demander de trier mes dossiers et d’écrire mes rapports, très peu pour moi. J’avais envie de changer le monde, de déplacer d’autres montagnes, de me lancer d’autres défis qui me feraient autant vibrer… pas d’être assise à une chaise de bureau… Je voulais continuer à me sentir vivante ! Difficile aussi de transmettre aux autres ce que j’avais vécu. Avec toutes la bienveillance de mes collègues qui se rendaient compte de l’exploit sportif, je n’ai pu exprimer mon ressenti face à tout cela. Bien trop complexe, bien trop énigmatique. Encore aujourd’hui, lorsque j’y repense, je vibre, je frissonne, je rêve mais je ne peux traduire tout cela en mots, en explications rationnelles que je pourrais transmettre à autrui. Comme si ce que j’avais vécu, ressenti était trop intime pour pouvoir le décrire, trop mystérieux pour le définir. Mais ce sentiment ne s’effacera pas d’aussi tôt de ma mémoire, de mon corps, de mes tripes, de mon cœur. Il est gravé, bien profondément, écrit à l’indélébile pour ne pas qu’il s’estompe lorsque les années s’écouleront.

Depuis cette aventure, bien des choses se sont passées. Le traitement proposé à Zoé n’a pas eu l’effet escompté. Il a donc été décidé d’arrêter les traitements. Et puis, les choses sont allées très très vite. Les Guignard se sont envolés pour la Floride pour réaliser le rêve de Zoé : voir Winter le dauphin. Le héros d’un film que Zoé regardait en boucle, un dauphin blessé à qui on a greffé une prothèse de queue. Très rapidement, la santé de Zoé s’est dégradée. Elle a vu Winter et puis s’est en allée rejoindre les étoiles et faire résonner son rire dans l’immensité de l’univers. J’ai été très touchée par tout cela. Difficile d’accepter la dureté de cette vie, difficile d’accepter aussi notre impuissance face à tout cela. Même si on peut déplacer des montagnes, on ne peut pas toujours les emmener à l’endroit où on voudrait qu’elles soient.

Depuis le 25 août 2013, à chaque fois que je regarde le lac, je pense à cette aventure hors-norme, extraordinaire. Par un mot, une image, une sensation, un sourire de Zoé, je suis à nouveau transportée dans cette traversée. Ce souvenir, personne ne pourra me l’enlever. La levée de fond que j’avais lancée en même temps que ce défi a rapporté plus de 5000.- à l’association. J’en suis heureuse et fière. Je suis fière de mes amis et de ma famille qui ont su reconnaître cette petite fille, cette famille et cette association et ont décidé de les soutenir financièrement. Je suis contente que mon aventure ait pu sensibiliser mon entourage au cancer des enfants au travers de l’histoire de Zoé. Et j’espère sincèrement que les petites graines d’espoir que j’ai pu semer au gré de mon aventure puissent être arrosées comme il se doit et devenir de belles plantes.

Malgré le départ de Zoé pour les étoiles, ses parents et les membres du comité ont décidé de poursuivre leur aventure afin d’aider d’autres familles qui en ont besoin. De continuer leur campagne de sensibilisation du cancer des enfants auprès du public romand. Ils font cela à merveille et regorgent d’idées pour porter leur combat toujours plus loin, toujours plus fort !

Natalie a souligné à plusieurs reprises que la chose qui importait le plus Zoé était de s’amuser et de profiter de la vie. Du haut de ses 4 ans, elle m’a donné une belle leçon de vie et je ne pourrais jamais assez la remercier. Merci Zoé…

 

2 commentaires sur “Il y a un an, Eloïse a traversé le lac Léman à la nage pour Zoé4life

  1. Bonjour,

    Je monte le projet de traverser le lac léman au profit de la lutte contre la sclérose en plaque en partenariat avec l’association JossMart58.
    J’aimerai pouvoir échanger avec Eloïse sur les aspects techniques et administratifs de son projet (autorisations à demander ? dispositif de sécurité mis en oeuvre ? etc.)

    En espérant que vous accepterez de donner suite à ma demande

    Cordialement

    Jacques DEFRETIN
    06 68 20 32 46

  2. Quelle émotion à vous lire, Eloïse, merci Eloïse et merci… Zoé